Mercredi 9 janvier 2008
 
Peux-tu te présenter brièvement ?
J'ai 49 ans, je suis enseignant en IUFM, professeur des écoles de formation, spécialisé en audiovisuel. Je fais donc de la formation dans ma spécialité, mais aussi de la formation générale, principalement en direction des professeurs des écoles. Je gère le service audiovisuel de mon site IUFM, je suis également responsable des relations internationales sur mon site et … je suis très actif au sein de l'association de mon établissement !
 
Quelles raisons t’ont conduit à te présenter ?
Avant tout, je tracerais un parallèle entre le métier d'enseignant et l'investissement en milieu associatif. Une caractéristique commune de ces deux types d'engagement est de mettre son temps, ses compétences et son énergie au service des autres et … c'est quelque chose qui me plaît !
En ce qui concerne les responsabilités dans le milieu du Scrabble, je dirais que ma candidature s'inscrit dans la logique et la continuité d'un parcours déjà bien rempli !
J’ai franchi la porte du club de Tours en 1984 et, assez rapidement, sans en avoir fait vraiment le projet et donc plutôt par nécessité de remplacer le responsable qui s'en allait, j’en suis devenu le président en 1989. Cela m’a tout de suite beaucoup plu de gérer l’activité du club et c’est tout naturellement que, neuf ans plus tard, j’ai pris la présidence du comité Val de Loire. En 1994, j’ai créé un Festival à Tours (alors tout petit !), le Festival des Châteaux, et un peu plus tard j'ai commencé à m'intéresser aux grandes organisations fédérales. C'est ainsi que je me suis lancé, avec toute une équipe autour de moi, dans l’organisation de la Finale du Championnat de France Individuel à Tours, en 2001. De 2001 à 2004, j’ai été membre du Bureau Directeur et vice-président de la FFSc, tout en ayant conservé la présidence du comité, mais pas celle du club. La liste à laquelle j’appartenais ayant été battue en 2004, je me suis recentré sur le comité et sur l'organisation des Championnats du Monde, à Tours. J’ai repris – faute de volontaire – la présidence du club de Tours, en 2004. Cela dit, après une pause de 6 ans, je suis revenu avec un nouvel enthousiasme et de nouvelles idées, et j'ai apprécié de reprendre cette responsabilité. J’ai quitté la présidence du comité Val de Loire en octobre dernier, après 9 ans de pilotage. J’avais pris cette décision depuis un an déjà, indépendamment des élections. Neuf ans, c’est long, on a tendance à avoir du mal à se renouveler et à devenir un peu routinier. J’avais de toute façon envie de faire une pause, de prendre du recul, peut-être pour revenir avec de nouvelles idées ou pour affronter de nouveaux défis. Cette opportunité s'est présentée en 2007 !… Il est sûr que l’aventure fédérale est à la fois quelque chose de nouveau à découvrir et un grand défi, l’envie est donc bien là !
 
Justement, cette envie a-t-elle été une constante ou est-elle plutôt revenue récemment ? Et comment as-tu constitué ton équipe ?
Après les élections de 2004, cette idée n’était plus présente dans mon esprit et je me suis surtout concentré sur la préparation des Championnats du Monde à Tours en 2006. À l’issue de ces Championnats j’avais plutôt envie de souffler et je n’imaginais pas vraiment aller encore au-delà d’une telle organisation. Pendant ces 3 dernières années, je me suis bien sûr intéressé à la vie de la FFSc, en tant que Président de Comité, au sein du CA par exemple, mais la question du pilotage la fédé ne s’est vraiment reposée que début 2007, au moment de l’appel à candidatures. J’ai recontacté mes anciens colistiers de la période précédente et j’ai ressenti une véritable envie de repartir chez eux , à la condition que je sois la tête de liste. Ce n'était pas précisément mon idée de départ mais je me suis rapidement décidé à accepter ce beau challenge ! L’équipe s’est ensuite constituée assez rapidement, et d’une manière que j’ai ressentie très positivement : polyvalence, rassemblement de toutes les compétences nécessaires, bonne répartition géographique, représentativité des différentes sensibilités de la fédé.
 
T’attendais-tu à un tel résultat, et quels sont les éléments qui, à ton avis, sont à l’origine d’une aussi nette victoire ?
J’ai toujours pensé qu’on allait gagner, même si j’ai eu un petit doute fin septembre début octobre, au moment où la campagne s’est un peu durcie et où sont apparus certains dérapages.
Je crois qu'il faut d'abord revenir à la genèse de cette candidature pour comprendre cette confiance que j'avais au fond de moi-même. Elle n'a pris corps et n'a eu de sens que parce que le bilan de la précédente mandature n’était pas bon. A son entrée en fonction en 2004, Gérard avait d’ailleurs dit lui-même qu’il serait jugé sur son bilan et, sans vouloir ironiser sur les chiffres irréalistes qu'il avait avancés à l'époque sur la progression attendue du nombre de licenciés, force est de constater que ce nombre a totalement stagné depuis 2004. Par ailleurs, le manque de communication, une gestion autoritaire mal vécue par beaucoup ont créé un terrain favorable à la remise en cause des méthodes utilisées. Ma divergence principale avec Gérard réside dans la manière de concevoir la gestion de la fédé : pour lui – et c’est sa culture issue de sa vie professionnelle – la fédé devrait tourner comme une usine; pour moi, même si l’efficacité doit bien sûr être recherchée, elle doit avoir le fonctionnement d’une association.
Passé le succès, ô combien encourageant et fondamental, de la constitution d'une équipe compétente, diversifiée et motivée, il fallait ensuite faire une bonne campagne. Nous y avons beaucoup travaillé, et avec un certain succès : réflexion collective sur l’élaboration, le contenu et la clarté de la présentation du programme ; création et animation du blog sur lequel nous avons particulièrement soigné la communication.
Nous avons aussi fait l’effort de rencontrer les gens sur le terrain, ce qui nous a permis de constater que les points abordés dans le programme trouvaient un écho favorable et faisaient mouche : les aspects "loisir" et "compétition", le recentrage sur les clubs et les comités…
Je pense que nous avons vraiment fait une belle campagne, partant d'une analyse de fond et ouvrant de vraies pistes de changement. On sait que dans une élection de ce type il y a le plus souvent une prime au président sortant : pour que ce ne soit pas le cas il faut vraiment qu’il y ait des choses qui aient fortement déplu… Cela n’avait donc rien d’évident de les convaincre de voter pour une équipe nouvelle, surtout que, même s’il y a des critiques, la « majorité silencieuse » des licenciés n’est pas vraiment malheureuse.
Ce qui a aussi desservi Gérard, c’est que, si beaucoup de choses ont été mises sur les rails en début de mandat, il y a eu ensuite un manque de suivi, une certaine dispersion ; et aussi le sentiment des responsables bénévoles qu’on leur en demandait de plus en plus, sans vraiment les impliquer, les associer, leur laisser une petite part de décision. Or, en fonctionnant de la sorte, non seulement on s'écarte des fondamentaux associatifs mais aussi on les met dans cette position de pur consommateur qu’on dénonce parfois dans le comportement des licenciés.
C'est à partir de tous ces éléments que s'est dessinée notre victoire. L'ampleur du résultat est révélatrice d'une volonté très nette de renouvellement et de changement dans nos pratiques de gestion de la fédération.
 
A la base du programme de ton équipe, on trouve le soutien aux structures de base que sont les clubs et les comités. Comment conçois-tu l’évolution du fonctionnement de la fédé vers un meilleur équilibre entre ces différentes structures ?
Tout d’abord, il faut aider encore plus les présidents de club et de comité dans leurs tâches. Par exemple, on doit pouvoir faire mieux en matière de gestion des résultats de tournois, y compris les Phases, les PAP ou les TRAP. Les outils informatiques doivent permettre de développer sur le site des modules du style de celui existant pour les Simultanés Permanents, simplifiant ainsi à l’extrême les envois de fichiers, puis le retour des résultats.
Ensuite, les présidents de club se sentent aujourd’hui un peu seuls. On leur demande bien sûr de gérer bénévolement leur club, mais on leur demande aussi plus, de faire de la prospection, de soutenir le scolaire, de développer le classique, d'aider des tiers à monter un nouveau club à vingt kilomètres ou autre… Ils n’en ont pas forcément l’envie, le temps, les outils ou les moyens. Nous voudrions donc les aider dans ces missions. Certes des choses ont déjà été faites : documents d’initiation, plaquettes, organisation comme la Fête du Scrabble ou simple mise à disposition de gadgets promotionnels… C’est important, mais il faut aussi de l'humain dans tout ça, c'est à dire des gens qui puissent faire de l’animation sur le terrain.
 
La présence sur le terrain est un élément moteur très fort. On se souvient du « Tour de France » de Raymond, qui avait permis la création de nombreux clubs à l’époque. Sous quelles formes envisages-tu la présence sur le terrain d’animateurs, d’initiateurs ou plus généralement de promoteurs de notre discipline ?
Notre premier projet est de dédier un poste ou un demi-poste au sein de l’équipe des permanents de la fédé à ces questions. Poste à créer ou redéploiement des tâches actuelles, cela reste à définir. Mais, dans notre esprit, ce poste comprend des déplacements en région, pour faire des animations là où on estime que ce serait judicieux, aider à démarrer un club qui veut se monter, qui peut se procurer le matériel nécessaire mais ne dispose pas forcément du « savoir-faire », aider aux démarches vis-à-vis des collectivités locales… Cette présence d’un salarié sur le terrain permettra "d’amorcer la pompe", mais cela ne suffira pas. D’où la seconde idée, mais celle-ci sera plus longue à mettre en place : qu’il y ait dans les régions des animateurs qui fassent ce travail.
 
Sur le modèle de ce qui se fait en Midi-Pyrénées avec Serge Delhom par exemple ?
L’une des pistes serait en effet la création d’emplois associatifs aidés et éventuellement partagés avec d’autres associations. Je crois beaucoup à ce type d’emploi-là. Effectivement, on voit qu’en Midi-Pyrénées, où Serge Delhom passe beaucoup de temps sur le terrain, cela permet de créer de nouveaux clubs, de contacter de nouveaux joueurs : l’efficacité est donc bien réelle. Cela dit, il faut faire une étude préalable pour voir comment on met sur pied et comment on finance ces emplois, car on ne peut pas faire n'importe quoi dans ce domaine. Les enjeux financiers sont importants. La rigueur et la transparence doivent être de mise, le "retour sur investissement" doit être mesurable !
 
Un autre point très attrayant de ton projet, et original, du moins pour ce qui concerne notre association, consiste en la création d’écoles de formation à l’animation Scrabble et d’Ecoles de Scrabble. Peux-tu nous en dire plus ?
L’idée des écoles de Scrabble part d’un simple constat : à peu près toutes les disciplines sportives, culturelles ou de loisir s’appuient sur ce genre de structure pour se développer. Ce n’est pas un hasard si on procède de la sorte ; cela permet de créer une base importante de laquelle pourront émerger des clubs, des joueurs… C’est cette richesse à la base qui manque aujourd’hui à notre association, qui a été beaucoup structurée par la compétition. Il me vient une image à l'esprit : c'est un peu comme si nous avions une « grosse tête » formée des compétiteurs assidus posée sur un « petit corps » formé des joueurs très peu ou pas du tout intéressés par la compétition ; c’est cette base insuffisamment développée, ce "petit corps" qu’il faudrait faire grossir.
Cela ne se fera pas en un jour. Dans un premier temps, il faudra aller voir chez nous voisins comment ils fonctionnent, comment ils ont monté ces écoles, comment elles sont financées, si elles sont animées par des bénévoles ou des salariés… Il faut vraiment faire un état des lieux et, à partir de là, essayer de transposer dans notre propre milieu.
 
Et donc sans doute d’abord former des animateurs et essayer de leur apporter une reconnaissance officielle sous la forme d’un agrément ?
Voilà. C’est là le deuxième aspect. Il faut qu’il y ait des personnes qualifiées pour animer ces structures, car cela ne s’improvise pas non plus. La plupart des fédérations forment des animateurs ; pas la nôtre, même si nous avons des animations en villages de vacances… C’est un secteur à explorer. Nous pourrions avoir notre propre école de formation d’animateurs, nous pourrions aussi intervenir au niveau des structures de formation des animateurs de centres de loisirs ou de centres de vacances. D’ailleurs, l’idée avancée, dans le cadre de la CLE (Confédération des Loisirs de l'Esprit), de création d’un statut de l’animateur de loisirs me semblait très prometteuse, mais elle semble un peu au point mort aujourd’hui, ce qui est dommage. Bien sûr ces animateurs ne s'occuperaient pas que du Scrabble, mais ils pourraient être formés par nos soins à l’animation « Scrabble » via de courts stages de quelques jours.
 
Obtenir une reconnaissance officielle au niveau ministériel (Education Nationale, Culture, Jeunesse et Sports…) serait sûrement de nature à aider au développement de ces structures, des pistes à relancer donc ?
Bien sûr. Ces animateurs de loisir, s’ils existent un jour, auront forcément un agrément. Mais nous devons d’abord créer nos propres structures et tout cela est un travail de longue haleine.
 
Tu nous as dit que la fédération était très structurée sur la compétition, et qu’il fallait opérer un rééquilibrage entre les deux aspects du Scrabble, « loisir » et « compétition »...
C’est un constat. Lorsque j’ai débuté au Scrabble, il y avait beaucoup d’amateurs et peu de compétiteurs. Et puis progressivement la compétition s’est étoffée. Elle a d’ailleurs été un très fort moteur pour le développement de la fédération, les joueurs ont basculé petit à petit vers la compétition : au niveau local, puis régional, puis ils se sont laissés séduire par les grands festivals… Ce n'est pas un mal en soi mais nous sommes aujourd’hui dans un système devenu trop compétitif pour les nouveaux. Quand tu arrives dans un club, il y a une sorte de pression interne (il suffit de comparer la fréquentation entre les parties où il y a des points à gagner et les autres !) qui crée un déséquilibre en faveur de l’aspect compétition. Et les clubs n’ont pas forcément la possibilité de créer une séance supplémentaire dédiée au « loisir ». Les nouveaux qui débarquent, même si on les accueille bien, si on les parraine, lorsqu’ils marquent 300 points (ce qui est normal) et finissent dernier, ils l’acceptent une fois, deux fois… mais à la quatrième fois ils se disent « c'est trop dur, ce n’est pas pour moi » !
 
Mais ne crois-tu pas que, plus qu’une question de compétition, c’est tout simplement une question de niveau ? Je connais beaucoup de joueurs de club, qui ne s’intéressent pas du tout à la compétition, mais qui simplement pratiquent depuis dix ans ou plus et mettront 500 points dans la vue à tous les nouveaux… Cet aspect était beaucoup moins marqué il y a quelques années lorsque les clubs étaient plus récents et donc les joueurs moins endurcis. On observe d’ailleurs que ce phénomène de découragement est beaucoup moins marqué dans les nouveaux clubs qui se créent de toutes pièces avec uniquement des nouveaux joueurs…
C’est vrai que le niveau a beaucoup augmenté… Mais il y a malgré tout une prégnance de la compétition qui ne laisse plus suffisamment de place à une activité de découverte ou de loisir simple.
 
Dans la perspective de la création d’une licence « loisirs » à un tarif sensiblement inférieur à celui de la licence « compétition », quels arguments penses-tu avancer pour convaincre les amateurs non intéressés par la compétition à souscrire cette licence « loisir » ? Autrement dit, que peut-elle leur apporter ?
Ce que je pense leur dire, c’est qu’il bénéficient de structures matérielles et humaines : un local, des tables, des chaises, un tableau, un ordinateur, de la papeterie, des animateurs de séances … Et ces services-là, je pense que tout le monde peut comprendre qu'ils puissent avoir un coût. Tout le monde trouve normal de payer un prof de danse, de yoga ou de chorale. Là tu ne payes pas directement un animateur de Scrabble, mais tu payes 15 ou 20€ à l’année pour participer à cette activité, ce n’est pas du tout choquant.
Aujourd’hui, je pense que le hiatus est très psychologique. Lorsqu’on explique tout ce qui précède au nouveau joueur, il accepte généralement bien ces arguments mais, très souvent, il n'est pas intéressé par la compétition lorsqu'il arrive. Dans ce contexte, ce qu'il ne comprend pas ou n'accepte pas toujours c'est de prendre alors cette licence fédérale qui se rattache principalement, dans son esprit, à cette notion de compétition.
Nous avons beaucoup débattu sur ce point et nous pensons effectivement que la mise en place de deux tarifs d’affiliation avec une différence significative (de l’ordre de 10 € ou un peu plus) serait de nature à supprimer cet obstacle psychologique en permettant à la population « loisir » de se sentir prise en compte à ce titre. Nous parlons d’ailleurs plutôt de « cotisation loisir » et de « licence compétition ».
Nous pensons aussi que la création de ce double système d'adhésion est de nature à sensibiliser les présidents de club à la nécessité d'entretenir vigoureusement la composante « loisir » de notre activité.
Il y aura peut-être une partie de nos joueurs actuels qui basculera vers la cotisation loisirs, mais ce flux sera à mon avis modéré. Lorsqu’on a pris goût à quelques PAP ou Simultanés, pour 10 ou 15€ de plus par an, on ne chipote pas !… Notre souhait est surtout de stabiliser les nouveaux joueurs qui aujourd’hui franchissent toujours les portes de nos clubs mais bien souvent n’y restent pas. Et aussi, bien sûr, ces dispositions s’adressent fortement aux nouveaux clubs et aux structures qu'on trouve un peu partout et qui sont récalcitrantes vis-à-vis de la fédération. Il faut pouvoir les toucher et leur expliquer que, hors de toute idée de compétition, la fédération existe et peut leur apporter quelque chose, une aide, du matériel, de la documentation, des savoir-faire, des animations… Il s’agit donc surtout de capter de nouveaux publics et de les conserver.
 
J’imagine que le Scrabble Classique trouve toute sa place dans ce dispositif ?
Le classique a l’avantage d’être la formule que tout le monde connaît. Lorsque tu rentres dans une salle et que tu vois des gens qui sont face à face et qui jouent au Scrabble, ça te dit quelque chose. Une séance de duplicate t’évoquera plutôt une salle d’examen… C’est très strict, il y a une sonnerie, un arbitre, et à la fin un classement, souvent sans pitié ... En classique, on joue contre quelqu’un, le déroulement de la partie est plus confidentiel, c’est plus détendu que le duplicate, et il est beaucoup plus facile de relativiser sa performance, même si on a un niveau moyen.
Au club de Tours, une activité hebdomadaire de Scrabble classique vient de s'installer et le résultat est encourageant. Tu as des gens qui ne s’intéressent qu’au classique, d’autres qui veulent aussi découvrir le jeu en duplicate. L’important est que cela a réellement amené un public nouveau, et j’en suis content, car ça ne semblait pas gagné d'avance !
Si on arrive à bien gérer tout cela, je suis convaincu que les deux formules sont appelées à cohabiter. Le classique a ses atouts propres, et le duplicate quant à lui reste une super-formule de jeu pour ceux qui sont en quête d'équité et d’une certaine forme d’absolu. Il faut avant tout utiliser le classique comme outil de promotion sans trop l’axer sur la compétition, ou alors à un niveau modeste, c’est peut-être ce qui a été un peu négligé jusqu’ici ; on s’est plutôt d’emblée attelé à définir des règles de compétitions, un classement. C’est évidemment utile, mais ce n’est pas cela qui permettra d’attirer de nouveaux joueurs.
Dans le duplicate aussi, il y a des aspects promotionnels restant à exploiter, comme les rencontres de ville à ville, entre comités d’entreprise qui ont souvent des moyens et des infrastructures intéressantes. Mais il faut rester à des échelles locales, beaucoup de gens qui n'ont pas appétit particulier pour la compétition aiment bien quand même se mesurer dans de petits challenges, de petits défis… Le problème pour avancer dans ces directions reste avant tout celui des moyens humains, pour lequel nous avons vraiment atteint nos limites, un apport de sang neuf étant aujourd’hui indispensable.
 
A propos de sang neuf pour demain, un domaine dans lequel le Bureau sortant a beaucoup investi, avec un certain succès, est celui du Scrabble « jeunes et scolaires ». Comment comptes-tu poursuivre la politique promotionnelle en direction des jeunes ?
Il faut bien sûr consolider l’acquis. Il est clair, par exemple, que la mise en place du séjour des jeunes à Aix est une très bonne idée. Cela permet de motiver ou de remotiver des jeunes, de créer une ambiance, un appétit commun, et aussi de les intégrer dans l’organisation et le fonctionnement de la fédération, leur donnant ainsi une autre vision qui peut susciter une nouvelle forme d’intérêt. Je pense qu’on pourrait trouver, en partie, nos animateurs de demain parmi ces jeunes. Si, après une petite formation, on en faisait des animateurs à temps très partiel (tout comme les étudiants qui font des petits boulots, avec un intéressement sous une forme ou une autre), cela nous serait très utile, et cela leur permettrait aussi de garder un pied dans l’activité et peut-être de toucher des publics différents, plus jeunes, que nous avons de notre côté du mal à atteindre parce que, tout simplement, nous ne sommes pas en contact direct avec eux.
 
Autre tranche d’âge sinistrée, celle des « jeunes actifs », de 25 à 45 ans. As-tu des pistes de réflexion en la matière ?
C’est très difficile de trouver la recette miracle, car c’est une période de la vie où il y a énormément d’autres sollicitations. Peut-être le Scrabble d’entreprise, peut-être la relance d’un concours sous une forme ou une autre. Il est également intéressant pour l’image du jeu, et stimulant quelque part, de voir qu’aujourd’hui des licenciés faisant partie de cette tranche d'âge accèdent aux responsabilités au sein de la fédération. C’est souvent parmi ces "jeunes actifs" que se trouvent les gens les plus entreprenants, même si notre fédération est constituée majoritairement de plus de 60 ans.
 
Les joueurs d’ISC te paraissent-ils constituer un vivier exploitable ?
Je ne sais pas. Il y a des gens qui préfèrent jouer sur leur ordinateur, chez eux, au moment qui leur convient le mieux, c’est normal… Nous ne devons pas négliger cet apport potentiel mais, de mon point de vue, ce qui motive notre engagement et notre travail c'est avant tout le jeu en club, avec tout ce que cela comporte de rencontres, de moments de convivialité, de vie sociale, de partage d'une passion ...
 
Parlons un peu compétition tout de même. Ton équipe est favorable à l’ouverture du classement par une meilleure reconnaissance des épreuves de proximité (notamment transformation des TRAP en TH en deux manches, avec attribution de PP). Que penses-tu du projet de réforme du classement actuellement débattu au sein de la FISF, qui aurait pour effet principal de réduire le poids relatif des plus gros festivals au profit des tournois dominicaux ?
Nous sommes en effet favorables à un rééquilibrage, nous l’avons clairement indiqué dans notre programme. D’une part, les plus gros festivals sont un peu devenus des usines à gaz, d’autre part à l’opposé les tournois dominicaux, s’ils perdent en fréquentation, présentent aussi moins d’intérêt pour leurs organisateurs et pour les joueurs. Il faut donc réduire l’écart entre ce qu’on peut gagner comme points dans les uns et dans les autres. P.P. dans les tournois en deux manches, voire revalorisations régionales (mais sans doute beaucoup plus compliquées à mettre en place) pourraient permettre de remédier en partie à ce problème. Cela dit nous sommes dans une logique d’accumulation de points, et le projet FISF revenant à prendre en compte la qualité de la performance peut apporter d’autres solutions.
Ce projet est intéressant, mais j'ai une inquiétude en ce qui concerne sa lisibilité par les joueurs. Ajouter les points marqués, c’est immédiat à faire et à comprendre ; mais dès qu’il s’agit ne serait-ce que de poser un trait de fraction et de faire une règle de trois, c’est tout autre chose. Pour l’avoir expérimenté moi-même dans mon comité où j’ai créé, il y a 9 ans, un système de classement régional s'appuyant sur ce type d'outil mathématique, je me suis souvent aperçu que, même si la formule de calcul était très simple, les joueurs ne la comprenaient pas toujours. Je m’interroge donc sur la manière dont les licenciés vont comprendre, lire et s’approprier un tel système. J'imagine que la FISF prendra en compte ces obstacles éventuels. Il faudra sans doute du temps pour les aplanir !…
 
Tu es en début de mandat. Sans donner de chiffres précis, penses-tu que ton bilan se mesurera aussi par l’augmentation du nombre de licenciés ? Ou par une progression qualitative ?
Oui, bien sûr. On est là pour progresser. De même que la stagnation du nombre de licenciés depuis trois est un point négatif du bilan du Bureau sortant, le nôtre sera aussi forcément jugé sur ce critère. Progression quantitative et qualitative sont d’ailleurs liées : si on veut dégager de nouveaux moyens pour améliorer notre fonctionnement, informatique, arbitrage, promotion, embauche de nouveaux permanents si nécessaire, il faut que l’activité elle-même génère les ressources nécessaires. On ne peut pas financer les actions uniquement par une augmentation répétée des différents tarifs, ce qui n’est d’ailleurs le but de personne a priori. Il faut donc être capable de faire augmenter le nombre de licenciés, cela nous donnera les moyens de financer nos projets.
 
Tu parles de financement, cela me permet d’aborder la question des sponsors. On sait à quel point il est difficile d’en trouver. Même nos partenaires institutionnels (Larousse, Mattel) ne nous aident que sous la forme de dotations en matériel et non par un soutien financier. Penses-tu que, dans le contexte général actuel – peu favorable - , il y a malgré tout des possibilités à explorer dans ce domaine ?
Je l’espère en tout cas, même si c’est très difficile. Le problème est que cela fait appel à des compétences très particulières et que nous n’avons a priori personne au sein de notre fédération qui soit très pointu dans ce domaine. Cela dit nous avons déjà eu des contacts qui, même s’ils n’ont pas abouti, ont bien avancé.
Et puis, il y a des pistes que ne nous n'avons pas encore explorées. Par exemple, j’ai vu cet été au Québec que les opticiens étaient des partenaires importants de la fédération québécoise. On doit avoir 70% de nos licenciés qui sont équipés de lunettes, alors pourquoi pas essayer chez nous ? Il y a sûrement d’autres pistes, mais je n’ai pas d’idée miraculeuse. Il faut qu’une caractéristique de notre activité puisse intéresser ce partenaire potentiel.
A côté des partenaires privés, il y a aussi les institutionnels. Là aussi c’est très difficile mais il faut relancer, du côté de l’Éducation Nationale notamment. J’ai un certain optimisme pour deux raisons. La première est l’accent mis aujourd’hui sur les disciplines fondamentales, parmi lesquelles la maîtrise de la langue française figure en très bonne place. Or le Scrabble apparaît tout de même comme un outil très adapté en la matière, c’est un argument avec lequel on peut aborder à nouveau les services du ministère. La seconde est la réorganisation de la semaine, avec notamment la libération du samedi matin où il y a peut-être des projets à avancer, des opportunités à saisir.
Autre réflexion générale : actuellement, nous ne faisons pas du tout partie du « paysage économique ». Lorsque nous allons voir les collectivités territoriales pour les solliciter, elles ignorent le plus souvent jusqu’à notre existence. Par le développement de structures comme les écoles de Scrabble (en direction des jeunes ou des moins jeunes), le financement d’emplois associatifs partiels, les animations et les formations, le développement d’activités périscolaires, nous pouvons aussi rentrer dans ce paysage économique et, de ce simple fait, trouver des oreilles plus attentives chez nos interlocuteurs.
 
Une petite question d’actualité pour finir. La FISF réfléchit actuellement à une réforme des Championnats du Monde, qui pourraient changer de rythme (un an sur deux comme actuellement, un an sur deux un championnat plus réduit). Qu’en penses-tu ?
Pour moi, les Championnats du Monde sont d’abord un grand rassemblement de la Francophonie, et j’ai du mal à concevoir qu’on n'aille que tous les huit ans au Québec, en Suisse ou en Afrique. Et malgré les problèmes de financement et la lourdeur de l’organisation, je reste partisan d’un rythme annuel. En France en tout cas, je suis convaincu qu’on a la capacité d’organiser une telle manifestation tous les quatre ans.
 
Pour conclure, à l’heure où il faut réunir toutes les bonnes volontés pour donner un nouvel élan à la FFSc, as-tu un message spécifique à adresser à tous les licenciés de la fédé, quel qu’ait pu être leur choix lors des élections ?
Notre projet vise à associer le plus largement possible tous les licenciés au fonctionnement et au développement de la fédération. Notre souhait, c’est donc qu’ils soient acteurs de ce développement. Nous savons bien qu’il n’y aura pas 16000 acteurs parmi les 16000 licenciés d’aujourd’hui, mais du moins que tous ceux qui sont motivés à participer puissent le faire. Nous devons communiquer suffisamment pour que les gens comprennent ce que nous faisons mais aussi pour les inciter à participer à la construction de leur fédération. À partir de là, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, sur les bases que nous avons clairement exprimées : collégialité des décisions, transparence de fonctionnement, échanges constructifs d'idées, mise en commun des énergies … loin de tout esprit de clocher ou de toute quête du pouvoir pour le pouvoir. C'est le sens même du projet résolument associatif que nous portons et sur la base duquel nous avons été largement élus. Nous travaillons pour le développement de notre fédération, nous y consacrons temps et énergie, au service de tous mais nous avons toujours dit aussi que c'est tous ensemble que nous réussirons à donner un nouvel élan à la FFSc ! C'est un grand défi, j'en ai bien conscience. J'ai pourtant l'intime conviction que nous serons nombreux à le relever et que l'unité se construira autour de cet impératif !
 
par Daniel Fort publié dans : Communication
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